Tout savoir sur les fausses couches

Tout savoir sur les fausses couches : interview du Dr Yann Marie

Les fausses couches concernent environ 20% des grossesses chaque année. Redoutées par les mamans, elles s’interrogent souvent sur les facteurs de risque et les conséquences de ces avortements spontanés. Pour répondre à toutes vos questions, nous avons rencontré le Dr Yann Marie qui exerce la médecine générale et dont l’activité est orientée vers le suivi de la périnatalité et de la petite enfance. 

Dr Marie, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est une fausse couche ?

Par le terme de fausse couche (ou avortement spontané) on entend l’arrêt spontané d’une grossesse, soit avant 15 semaines d’aménorrhée* dans le cas des fausses couches précoces, soit entre la 15ème et la 22ème semaine d’aménorrhée pour les fausses couches tardives.

La fausse couche complique environ 15 % à 20 % des grossesses, ce taux est estimé à 50% pour les grossesses infra-cliniques (c’est-à-dire moins de 10 jours d’aménorrhée). C’est donc une pathologie fréquente et souvent non diagnostiquée pour des aménorrhées courtes.

A quoi sont dus ces « avortements spontanés » ?

L’essentielle des fausses couches précoces résulte d’anomalies génétiques survenues soit au moment de la fécondation soit le plus souvent lors des premières divisions cellulaire faisant suite à la fécondation. Ces anomalies génétiques représentent 70% des causes d’avortement spontané avant 6 semaines d’aménorrhée, 50 % avant 12 semaines et seulement 4% au-delà de 12 semaines.

Pour les fausses couches tardives d’autres facteurs sont identifiables :

  • Les grossesses gémellaires
  • Les infections ovulaires : listériose, toxoplasmose, herpès, tréponématose, rubéole, etc.
  • Les pathologies maternelles : maladie thyroïdienne, diabète déséquilibré, syndrome des ovaires polykystiques, malformation utérine, obésité, maladie auto immunes (lupus, sclérodermie, myasthénie, sclérose en plaques, etc.), thrombophylie, etc.

Il existe des cas de fausses couches spontanées à répétition (ce diagnostic est posé après 3 fausses couches spontanées et concerne 1% des femmes) ; les anomalies génétiques ne sont alors retrouvées que dans 4% des cas. Cette situation particulière justifie des bilans et une prise en charge spécialisés.

Enfin, parmi les causes d’une fausse couche il faut évoquer des causes environnementales comme le tabac, l’alcool, les drogues, certains médicaments, les traumatismes et l’exposition à des toxiques professionnels.

Existe-t-il des facteurs à risques ? Si oui, lesquels ?

Compte tenu des étiologies évoquées concernant les risques génétiques, le principal facteur identifié est l’âge de la mère. Le risque augmente en effet avec l’âge et est multiplié par 2,3 après l’âge de 30 ans.

Y’a-t-il des précautions à prendre pour éviter la fausse couche ?

Concernant les facteurs environnementaux il est important de rappeler à nouveau l’importance de supprimer l’exposition aux toxiques durant la grossesse. Même si ce n’est pas le sujet, notez que cette attitude est à poursuivre au delà de la grossesse pour limiter l’exposition des enfants au tabagisme passif notamment.

Actuellement, il est recommandé de réaliser, lorsqu’une grossesse est envisagée ou lors des visites de contraception, une recherche des facteurs de risque de fausse couche spontanée liés à des pathologies maternelles. La recherche porte sur les antécédents familiaux ou personnels ainsi que les pathologies existantes qui pourraient mettre en danger la grossesse ou la santé de la mère. Identifier les grossesses à risque nécessite par la suite un suivi plus spécifique de la part du médecin assurant le suivi médical.

Quelles sont les conséquences d’une fausse couche sur l’organisme ?

Si la fausse couche spontanée est secondaire à une pathologie maternelle, c’est la pathologie en cause qui pose problème.

Pour les autres fausses couches, il faut distinguer les conséquences physiques (en particulier lorsqu’il y a un simple arrêt d’évolution de la grossesse sans expulsion spontanée et que cela a nécessité une intervention obstétricale), des conséquences psychiques. En effet, ces dernières ont une importance non négligeable puisqu’il est souvent difficile de faire le deuil d’un projet d’enfant. L’intensité de la souffrance psychique n’est pas forcement liée à la durée de la grossesse mais plutôt à l’investissement psychique du couple et nécessite donc un accompagnement.

Il n’y a aucune indication de délai d’attente entre une fausse couche spontanée et le démarrage d’une autre grossesse (hors des pathologies maternelles), mais il est important d’avoir fini son travail psychique afin d’accueillir cette nouvelle grossesse avec toute la sérénité possible.

Après une fausse couche, les grossesses ultérieures présentent-elles des risques plus élevés que la normale ?

En dehors des fausses couches spontanées liées à des pathologies maternelles, le risque de faire une fausse couche spontanée reste le même à chaque grossesse mais augmente avec l’âge.

Et concernant la pilule, quel est votre avis ?

L’effet sur la muqueuse utérine est fonction de progestatif contenu dans la pilule et est donc variable selon le contraceptif. Il est important de différencier ce qui constitue un risque pour la grossesse de ce qui constitue un risque pour une implantation éventuelle.

A ce jour il n’y a pas d’indication de délai particulier. L’élimination des hormones se fait en environ 36 heures de l’organisme et l’atrophie de la muqueuse utérine est plus ou moins importante selon le contraceptif et la femme.

D’autre part, le démarrage d’une grossesse sous pilule ne constitue pas un risque particulier même si bien évidement cela n’est pas recommandé.

Il n’y a donc pas d’indication de délai entre arrêt de pilule et grossesse, de même que la découverte d’une grossesse sous pilule ne constitue pas une indication d’interruption de grossesse.

Par contre, les pilules contraceptives agissent par blocage de l’ovulation et les ovaires ne reprennent pas toujours des cycles ovulatoires normaux immédiatement. L’arrêt de la contraception ne signifie donc pas forcément début de grossesse.

La contraception est maintenant complètement assimilée à une maitrise de la gestation, mais si l’on peut empêcher une grossesse on n’a pas la maitrise sur son déclenchement…

 

Merci au Dr Yann Marie d’avoir répondu à nos questions !

* L’aménorrhée correspond à l’absence de règles ou de menstruation. 

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